Lire et interpréter les sondages avec rigueur
Même le 1er avril, ceci n'est pas une blague. Pour une fois, ce n'est pas en tant que Conseiller municipal d'Oullins que je m'exprime, mais en tant que professionnel de la Statistique.
Derrière tout chiffre communiqué (emploi, délinquance, population, entreprises, ...), il y a des statistiques. Le statisticien est un peu "l'Homme de l'Ombre" et sa discipline, caricaturée comme étant "la forme scientifique du mensonge" selon le célèbre adage, est encore peu médiatisée et valorisée.
Pourtant, au beau milieu d'une campagne électorale présidentielle comme celle que nous vivons actuellement, accompagnée de
son - large - lot de sondages préélectoraux, des interventions régulières de statisticiens sur les plateaux télé et dans les colonnes de
quotidiens ne seraient pas de trop.
Alors les sondages sont-ils fiables ? Oui. 1000 sondés peuvent sans mal représenter 47 millions d'électeurs potentiels, à condition que l'échantillon prélevé respecte des quotas (généralement l'âge, le sexe, la catégorie socio-professionnelle et la zone géographique), afin de garantir la représentativité de la population ciblée.
Autres recommandations : il est essentiel de garder en tête que les sondages mesurent l'état de l'Opinion à un instant
donné, et qu'il ne s'agit pas de prédictions. Pour analyser des sondages, il est aussi capital de prendre en compte les marges d'erreur qui se
situent en moyenne autour de 3%.
Le jeu médiatique implique la chasse aux gros titres et le moindre et modeste soubresaut du chiffre de l'intention de vote pour un candidat devient un évènement national. Pourtant, la première place de Nicolas Sarkozy dans le sondage IFOP du 13 mars n'était pas plus un "croisement de courbes" que les 15% de Jean-Luc Mélenchon (sondage LH2 de ce matin) une consécration.
Pour parler de tendances, il faut observer les sondages sur la durée ainsi
que dans leur globalité. En effet, pas moins de huit instituts de sondage mesurent les intentions de vote (BVA, CSA, Harris, IFOP, IPSOS, LH2,
OpinionWay, TNS Sofres) depuis plus d'un an, soit deux de plus qu'en 2007.
Afin de vous offrir des courbes parlantes et statistiquement pertinentes, je vous propose ci-dessous une compilation de tous les sondages publiés depuis janvier 2011 sur le premier tour de l'élection présidentielle qui aura lieu dans trois semaines, par les huit instituts de sondage réunis.
Compilation "lissée" de tous les sondages publiés sur le premier
tour de l'élection présidentielle de 2012
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Afin d'effacer les effets de "sauts", je vous propose des courbes "lissées" par la méthode des moyennes mobiles. Par ailleurs, les sondages impliquant d'anciens candidats sondés (Borloo, Hulot, Aubry, Villepin, Morin, ...) ont été écartés.
Conclusions : le croisement Sarkozy-Hollande a bien lieu, mais en moyenne autour du 19 mars. Il s'agit d'une conjonction sur l'ensemble du mois de mars de la baisse du candidat socialiste (-3,5 points) et de la hausse du Président de la République (+2,5 points). Concrètement, Nicolas Sarkozy est en tête du premier tour pour cinq instituts de sondage (CSA, Harris, Ifop, OpinionWay, TNS Sofres) et François Hollande dans les trois autres (BVA, Ipsos, LH2).
La baisse de Marine Le Pen est également validée, tout comme celle d'Eva Joly, même si on observe une stabilisation de leurs courbes depuis deux à trois semaines. Quant à Jean-Luc Mélenchon, si sa progression et l'ampleur de celle-ci sont elles aussi confirmées, puisqu'il dépasse bien François Bayrou, il est encore trop tôt pour le placer en troisième position. En effet, le candidat du Front de Gauche se situe en moyenne à 13%, contre 15% pour la candidate du FN.
Je suis prêt à vous détailler la méthodologie utilisée, à vous commenter les variations, à recontextualiser les évolutions, et finalement à répondre à toutes vos questions. Pour cela, il vous suffit de laisser un commentaire à la suite de cet article, ou de me contacter directement via mon profil Facebook.
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