Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Clément DELORME

Réforme territoriale : entre improvisations et choix malheureux

2 Décembre 2014 , Rédigé par Clément Delorme Publié dans #Politique nationale

 

Avril 2012.

Manuel Valls, à peine nommé Premier Ministre en remplacement du peu regrettable Jean-Marc Ayrault, prononce son discours de politique générale.

Sa feuille de route ? Faire oublier son funeste prédécesseur. "Faire du Valls" a souhaité le président Hollande. Nul doute en effet que sa modernité (relative, par rapport au Parti Socialiste, seulement), sa détermination et son style conféraient à l'ancien député-maire d'Evry (91) une nette longueur d'avance sur ses collègues ministres dans la lutte pour la succession de l'ancien maire de Nantes, tandis que les Français manquent terriblement d'un cap, d'un horizon, d'une autorité, en fait d'un leader.

Seulement voilà. Comment imprimer un style, comment marquer les esprits, comment faire lever les foules, alors que la seule perspective qui peut être proposée aux Français se limite aux trois hausses conjuguées du chômage, des impôts et de la défiance envers le personnel politique ?

C'est alors que Manuel Valls, car c'est un fin politique qui ne manque ni d'audace ni de culot, choisit de sortir du fond de l'un de ses tiroirs un poussiéreux dossier laissé là par la majorité précédente : la fusion des régions.

Dans un rapport de 2009, la commission Balladur proposait, entre autres mesures, la diminution du nombre de régions, de 22 actuellement à 15 environ. Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, avait d'ailleurs appelé de ses vœux la fusion -notamment- des deux régions normandes.

Rien n'en fut finalement fait. La réforme territoriale élaborée par la précédente majorité prévoyait toutefois l'audacieux remplacement des conseillers généraux et régionaux par de seuls conseillers territoriaux, tel un premier pas vers la fusion de deux niveaux d'administration, incluant en particulier une sévère diminution du nombre d'élus.

La gauche arrivée au pouvoir en 2012 s'est empressée de supprimer cette disposition de façon anachronique, antisarkozyste, dogmatique, en somme de façon irréfléchie. Pas sûr d'ailleurs qu'en leur for intérieur, les socialistes les plus sérieux et raisonnables - tel Manuel Valls - adhèrassent véritablement à cette suppression.

Manuel Valls, Premier ministre, à la tribune de l'Assemblée Nationale

Manuel Valls, Premier ministre, à la tribune de l'Assemblée Nationale

Il y a huit mois donc, Manuel Valls fait sienne l'idée du regroupement de régions. Il adjoint à cette décision coup de poing une seconde mesure choc : la suppression des départements.

Malheureuse proposition ! Non pas celle de la disparition des départements, mais l'articulation des deux mesures ! En effet, l'abandon des départements serait acceptable si on n'éloignait pas les centres régionaux de décision dans le même temps, en créant des méga-régions plus vastes que plus de la moitié des pays de l'UE !

Modeste élu communal, je me suis consacré à l'imagination d'une organisation fusionnant les régions et les départements en 37 territoires métropolitains : le Grand Paris, 8 métropoles (Lyon, Bordeaux, Lille, Marseille, Nantes, Nice, Strasbourg, Toulouse) et 28 territoires (ou super-départements) ruraux ou péri-urbains reprenant peu ou prou les contours des actuelles régions.

Une organisation à 37 territoires, dont 28 super-départements

Une organisation à 37 territoires, dont 28 super-départements

Pris dans la tourmente des élus locaux et sans doute également par celle de sa raison, le Premier Ministre est revenu sur la suppression des départements lors de son second discours de politique générale en septembre dernier. Aux modalités près (un vaste flou demeure quant à la constitution de ce niveau administratif), la proximité entre les citoyens et leurs élus a été préservée. Pour la diminution des couches du millefeuille territorial en revanche, c'est raté.

Revenons sur les régions. Après le lancement de la réforme, les deux chambres du Parlement se sont livrées à un jeu de ping-pong de cartes de France. La première fut proposée par l'Elysée. Mauvaise, comme si tout ce qui provenait de l'Elysée sous l'ère Hollande était décidément marqué du sceau de la nullité... Jusqu'à une simple carte de France. Passons sur ce regrettable lancement. Les sénateurs et députés, plus sérieux, ont poliment corrigé les bêtises présidentielles.

Puisque les régions doivent être réunies en vastes ensembles territoriaux, la tâche de regroupement revient à rattacher les petites régions à leurs voisines. Outre la si logique unification des deux Normandie, la Franche-Comté se marie avec la Bourgogne, l'Auvergne avec Rhône-Alpes, le Languedoc-Roussillon avec Midi-Pyrénées, le Limousin et Poitou-Charentes avec l'Aquitaine et le Nord-Pas-de-Calais avec la Picardie. Ces regroupements paraissent somme toute logiques.

On peut comprendre que la méthode employée, pour éviter les débats sans fin, se limite à la fusion ou la préservation de régions, sans poser la question des départements. Il faudra pourtant bien y venir, sous forme de droit d'option ou non, le Gard ayant clairement sa place dans la région Provence (oui, je procède à des rebaptêmes) ou les Deux-Sèvres et la Vienne en Centre-Val de Loire.

Les futures régions (entrée en vigueur en 2016)

Les futures régions (entrée en vigueur en 2016)

Deux scandales se font tout de même jour dans ces débats : le grand ouest et le grand est. D'abord, si je parle de Centre-Val de Loire à la fin de mon précédent paragraphe, c'est parce que je crois que cette réforme est l'idéale occasion de faire sauter une bonne fois la région Pays de la Loire. Créée pour offrir à la fois à Nantes et Rennes l'honneur d'être capitales régionales, elle devrait aujourd'hui sans discussion être partagée entre la Bretagne (je pense, comme tout le monde, à la Loire-Atlantique) et la région Centre ou (prochainement ?) Val-de-Loire.

Enfin, dans l'est, la question d'un maintien d'une région Alsace est légitime. Mais qui comprendrait la préservation d'une région à deux départements (outre la Corse, qui est une île), tandis que les régions de France se regroupent. Bien sûr, les alsaciens, prêts à accepter une éventuelle fusion avec la Lorraine, ne se trouvent aucun point commun avec Champagne-Ardennes, mais leur rattachement à cette grande région est plus censée qu'un mariage entre la Champagne-Ardennes et la Picardie.

Pourquoi, dès lors, le gouvernement n'a-t-il pas eu le bon sens de proposer à l'Alsace une fusion "simple" des deux départements (Bas-Rhin et Haut-Rhin, voire également le Territoire de Belfort) en un seul, intégré à la grande région Champagne-Ardenne-Lorraine-Alsace, comme ce que préparent actuellement dans l'ombre les deux départements de Savoie ? Si le référendum de collectivité unique a échoué il y a quelques années, il n'est en effet pas interdit de fusionner des départements. Cela aurait notamment été moins invraisemblable que de promouvoir Strasbourg, certes siège du Parlement Européen, comme capitale d'une région dont elle est tout, sauf le centre.

Voilà donc comment une bonne idée est gâchée par l'impréparation, l'incompétence, l'inconséquence, le clientélisme et l'absence de vision de certains gouvernants. Parce que l'alternance constitue une respiration démocratique et est, de ce fait, irréversible, songeons, lorsque nous sommes aux responsabilités, de ne perdre ni de temps, ni de vision, ni d'audace, ni de prudence dans la conduite des affaires publiques.

Comme pour le mariage gay, parce que la droite ne s'est pas saisie de la réforme des régions, la gauche en a fait ce qu'elle a voulu, c'est à dire n'importe quoi.

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article